Une vulnérabilité insulaire réelle
Saint-Barthélemy dépend du numérique pour presque tout : réservations touristiques, transactions hôtelières et commerciales, démarches administratives, communications avec l’Hexagone et le reste du monde. Cette dépendance est normale et irréversible. Elle devient un problème quand elle s’accompagne d’une sous-protection — or, petite collectivité veut souvent dire effectifs techniques réduits, moyens cyber limités, et donc exposition accrue.
La cyberattaque de France Titres en avril 2026 a rappelé une évidence : aucun territoire français n’est épargné par les fuites de données massives. Et l’insularité ne protège pas. Au contraire, elle isole quand il s’agit de répondre à un incident.
Un enjeu réputationnel propre aux destinations d’exception
Saint-Barthélemy n’est pas qu’un territoire administratif : c’est une marque touristique internationale. Notre visibilité mondiale nous expose à des attaques ciblées — ransomwares sur hôtels, vols de données de clientèle haut de gamme, usurpations d’identité de prestataires locaux, attaques sur les infrastructures sensibles pendant les pics touristiques.
Un incident cyber majeur sur l’île serait relayé internationalement en quelques heures. Au-delà du préjudice direct aux entreprises touchées, c’est l’image même de la destination qui en souffrirait. La sécurité numérique fait partie de notre promesse touristique, au même titre que la qualité des services ou la préservation de l’environnement.
Ce qui a déjà été fait
Unis pour Saint-Barthélemy défend depuis plusieurs années une approche structurée et collective de la cybersécurité, en refusant l’isolement face à la menace.
2022 — Saint-Barthélemy participe activement à la création de l’Agence Caribéenne pour la Cybersécurité (ACCYB), aux côtés de la Guadeloupe et de la Guyane. Logique de mutualisation régionale plutôt que défense isolée.
2024 — Sous la présidence tournante de Saint-Barthélemy, l’ACCYB aboutit à la création du CSIRT-ATLANTIC, centre régional de réponse aux incidents cyber couvrant six territoires français d’Amérique.
Décembre 2025 — L’ACCYB rejoint le dispositif national 17Cyber par convention, donnant aux territoires français d’Amérique un guichet unifié avec l’Hexagone.
Nos priorités pour les prochaines années
Renforcer la cybersécurité des services publics locaux. Les administrations et établissements publics de Saint-Barthélemy traitent des données sensibles (état civil, fiscalité, scolarité, santé). Ils doivent bénéficier du niveau de protection que leurs missions exigent, avec des audits réguliers et un plan de réponse aux incidents formalisé.
Accompagner les acteurs économiques de l’île. Hôtellerie, commerces, prestataires de services : la majorité des entreprises locales ne dispose pas des ressources d’une DSI. L’ACCYB propose des services mutualisés et des tarifs négociés sur certaines prestations. Nous soutenons activement l’adhésion des structures locales à ce dispositif.
Sensibiliser les habitants. La première ligne de défense reste humaine. Nous appelons au développement d’actions de sensibilisation régulières, adaptées à nos publics (familles, scolaires, seniors, professionnels) et ancrées dans les réalités concrètes du quotidien numérique.
Défendre la résilience de nos infrastructures. Connectivité, énergie, eau, transports : tous dépendent aujourd’hui de systèmes numériques. La continuité de service en cas d’incident (cyber, mais aussi cyclonique ou technique) doit être pensée collectivement et testée régulièrement.
Une conviction
La cybersécurité n’est pas un sujet technique à déléguer aux seuls informaticiens. C’est un sujet politique, économique et réputationnel qui engage la Collectivité, les entreprises, les habitants, et l’image même de Saint-Barthélemy. Nous continuerons à y travailler avec les partenaires professionnels qualifiés — l’ACCYB, le CSIRT-ATLANTIC, l’ANSSI — en assumant notre rôle d’impulsion politique.